Et si l’équilibre n’existait pas ? Une autre façon de voir les choses
Combien de fois vous êtes-vous dit : « Il faut que je trouve l’équilibre. » Entre le boulot et la famille. Entre vos besoins et ceux des autres. Entre ce que vous ressentez et ce que la raison vous dit de faire.
On cherche tous cet équilibre. Comme si, une fois trouvé, tout irait mieux. Mais et si cette recherche était justement ce qui nous épuise ?
L’équilibre : une belle idée, mais…
On nous a appris à voir les choses en paires : travail / repos, force / fragilité, raison / émotion. Et l’équilibre serait le point parfait entre les deux. Stable. Serein. Atteignable.
Le problème, c’est que personne ne vit vraiment comme ça. On passe d’un état à l’autre, d’un jour à l’autre, parfois d’une heure à l’autre. Et plus on essaie de « tenir l’équilibre », plus on a l’impression de rater quelque chose.
Alors voilà la question que j’ai envie de poser : et si, au lieu de chercher l’équilibre, on apprenait juste à mieux se connaître y compris dans nos contradictions ?
On n’est pas une seule personne
Dans les années 1970, deux psychologues américains, Hal et Sidra Stone, ont mis au point une méthode appelée le Dialogue Intérieur (ou Voice Dialogue). Leur idée de départ est simple : on n’est pas une seule et même personne. On est plusieurs.
En chacun de nous, il y a des parties différentes, parfois opposées, qui prennent la parole à tour de rôle. Ils les appellent des « sous-personnalités ». Vous en reconnaissez peut-être certaines :
- Celui qui contrôle tout, qui planifie, qui anticipe pour être sûr que rien ne dérape
- Celui qui dit toujours oui, pour faire plaisir, pour éviter les conflits
- Celui qui critique, jamais vraiment satisfait, toujours un « oui mais… »
- Celui qui ressent fort, qui a peur, qui a besoin d’être rassuré
- Et bien d’autres encore : le perfectionniste, le rebelle, le sage…
Chacune de ces parties a ses raisons d’être. Chacune dit « je » à sa façon. Et quand l’une d’elles prend trop de place souvent parce que c’est celle qu’on a appris à montrer, les autres se font plus discrètes, parfois trop.
La méthode des Stone propose quelque chose de concret : leur donner la parole à toutes, les écouter, sans forcément s’identifier à l’une plutôt qu’à l’autre.
Pas les faire taire. Les entendre.
Ce qui change avec cette approche, c’est qu’on ne cherche plus à « gérer » ses émotions ou à « corriger » ses défauts. On cherche à comprendre ce que chaque partie de soi essaie de faire.
Le perfectionniste qui vous empêche d’envoyer ce mail ? Il a peur que vous soyez jugé. Il veut vous protéger. Le côté de vous qui procrastine ? Peut-être qu’il est épuisé et qu’il a besoin d’une pause.
L’idée, c’est de pouvoir se dire : « Je vois que telle partie de moi veut ça. Je vois aussi qu’une autre partie veut autre chose. Et je peux choisir comment réagir. » Ce n’est plus l’équilibre au sens d’une moyenne entre deux extrêmes. C’est quelque chose de plus vivant : savoir qui parle en vous, et décider de lui laisser ou non la parole. En réalité, redevenir acteur de sa vie.
En France, Geneviève Cailloux et Pierre Cauvin ont poussé cette idée plus loin
Pierre Cauvin et Geneviève Cailloux sont les deux personnes qui ont introduit le Dialogue Intérieur en France. Ils ont développé leur propre approche, qu’ils ont appelée « Intelligence de Soi », en combinant le Dialogue Intérieur avec les types de personnalité issus des travaux de Jung.
Leur image est parlante : notre vie intérieure ressemble à un théâtre, avec des personnages qui montent sur scène l’un après l’autre. Le but n’est pas de supprimer certains personnages, ni de forcer la paix entre eux. C’est d’apprendre à diriger ce théâtre plutôt que de le subir.
Leur livre « Embrassez vos opposés » dit d’ailleurs tout dans son titre. Il ne s’agit pas de choisir un camp. Il s’agit d’accueillir toutes ces parties, même celles qu’on n’aime pas trop, et de leur laisser jouer leur rôle au bon moment.
Parce que chaque partie a une utilité. Le côté exigeant vous pousse à progresser. Le côté prudent vous évite des erreurs. Le côté sensible vous connecte aux autres. Aucune n’est à jeter.
Alors, c’est quoi l’équilibre, finalement ?
Peut-être que l’équilibre, ce n’est pas un état qu’on atteint une fois pour toutes. Ce n’est pas une balance bien réglée qu’on n’aurait plus qu’à maintenir.
C’est plutôt un mouvement. Une façon d’être à l’écoute de ce qui se passe en soi, sans se laisser emporter par la première voix qui parle fort. C’est apprendre à connaître ses propres personnages, à les laisser s’exprimer, et à garder quand même la main sur les décisions.
Moins une balance à l’arrêt. Plus une conversation qu’on apprend à tenir.
L’équilibre n’est pas un état que l’on atteint une fois pour toute. C’est plutôt un mouvement. Une façon d’être à l’écoute de ce qui se passe en soi, sans se laisser emporter par la première voix qui parle fort. C’est apprendre à connaître ses propres personnages, à les laisser s’exprimer, et à garder quand même la main sur les décisions.
Le Dialogue intérieur dans ma pratique
Je me suis formé avec Pierre Cauvin et Geneviève Cailloux, fondateurs d’Osiris Conseil, pendant 3 ans, de 2014 à 2016. L’intelligence de Soi© est central dans ma pratique.
Depuis cette année, 2026, j’ai également intégré l’accompagnement avec les Pratiques Narratives.
Pour aller plus loin
Si ce sujet vous parle, voici quelques livres pour creuser :
- Hal & Sidra Stone — Accueillir tous ses « Je », Warina Éditions
- Pierre Cauvin & Geneviève Cailloux : Embrassez vos opposés avec le Dialogue Intérieur, Le Souffle d’Or
- Pierre Cauvin & Geneviève Cailloux : L’Intelligence de Soi… et de l’autre, InterÉditions